En route vers l’emploi : L’apprentissage en Occitanie décrypté

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Cet épisode s’intéresse aux résultats de l’étude annuelle du Carif-Oref Occitanie. On y retrouve une analyse des principales tendances et chiffres clés de l’apprentissage en région.

Générique : Propulse, le podcast emploi-formation du Carif-Oref Occitanie. Bienvenue dans Propulse, le podcast dédié à l’emploi, la formation et l’orientation porté par le Carif-Oref Occitanie. Nous ferons intervenir des experts dans leur domaine de compétences pour essayer de vous accompagner dans la compréhension des enjeux de l’emploi, de la formation et de l’orientation.

Animatrice :  Nous nous retrouvons aujourd’hui pour ce premier épisode consacré à l’apprentissage. L’apprentissage connaît depuis plusieurs années une croissance sans précédent de ses effectifs. Nous nous intéressons aujourd’hui au résultat de l’étude annuelle du Carif-Oref Occitanie. Elle présente une analyse des principales tendances et chiffres clés de l’apprentissage en région. La nouveauté cette année, c’est qu’elle propose une correspondance entre les personnes formées et les besoins du marché du travail. Pour en parler, nous recevons aujourd’hui deux intervenantes. Katia Chazal et Magda Mogica, toutes deux chargées d’études à l’Observatoire Régional Emploi Formation du Carif-Oref Occitanie. Elles sont les auteurs de l’étude publiée en mars 2025. Bonjour à toutes les deux.

Katia Chazal : Bonjour.

Magda Mogica : Bonjour.

Animatrice :  Katia, pour commencer, on s’aperçoit que les apprentis sont de plus en plus nombreux sur le territoire, mais que leur progression est désormais plus limitée. Pouvez-vous nous en parler ?

Katia : Oui, tout à fait. Mais avant de rentrer dans les détails, c’est important de rappeler que l’Occitanie comptabilise 85 000 apprentis. C’est ce qui fait d’elle la troisième région de France la plus peuplée en nombre d’apprentis, et ces derniers sont réunis dans environ 700 sites de formation et dans près de 1200 formations différentes. Depuis une dizaine d’années, les effectifs sont en hausse constante en Occitanie. Par exemple, entre 2017 et 2019, on enregistre annuellement environ 2000 apprentis supplémentaires. Mais avec l’application de la loi Avenir Professionnel et les différentes politiques publiques mises en place au moment de la crise sanitaire, on observe une hausse sans précédent du nombre d’apprentis. Par exemple, entre 2020 et 2021, c’est 18 000 apprentis supplémentaires, ce qui se traduit par une augmentation de 35 %. Et comme vous le soulignez, l’augmentation du nombre d’apprentis est désormais moins soutenue. La tendance reste à la hausse, mais elle est moins marquée. Par exemple, entre 2021 et 2022, c’est une augmentation de 13 %, et entre 2022 et 2023, c’est une augmentation de seulement 6 %. Donc le nombre d’apprentis continue d’augmenter. mais simplement à un rythme plus modéré qu’auparavant.

Animatrice : D’accord, donc une évolution qu’il faudra suivre de près dans les prochains mois. Quel est plus précisément le profil des apprentis en Occitanie ?

Katia :  Alors, si on devait définir un profil type, l’apprenti, ce serait plutôt un homme, âgé entre 18 et 26 ans, inscrit dans l’enseignement supérieur, et plus spécifiquement dans la préparation d’un BTS, souvent en lien avec le commerce. D’autres profils peuvent coexister, mais dans l’ensemble, 58% des apprentis sont des hommes. Près des deux tiers ont entre 18 et 26 ans, et 60% des apprentis sont inscrits dans l’enseignement supérieur, donc 19% dans un BTS.

Animatrice :  D’après ce que vous nous dites, on s’aperçoit que l’apprentissage reste encore très masculin. Pouvez-vous nous indiquer quelle place occupent alors les femmes au sein de ces effectifs ces dernières années ?

Katia :  Aujourd’hui, les femmes représentent 42% des effectifs, alors qu’il y a 10 ans, elles n’ont représenté que 30%. Donc on observe effectivement une féminisation progressive des effectifs depuis quelques années. Cela dit, il faut aussi rappeler que cette évolution n’est pas uniforme. En fonction des diplômes et des domaines de spécialité, il existe encore de fortes différences entre les sexes. On a d’un côté les spécialités de la production qui restent très masculines, avec 85% d’hommes, et d’un autre côté les spécialités des services qui tendent vers un peu plus de parité, avec 56% de femmes et 44% d’hommes. Mais là encore, quand on s’intéresse aux domaines préparés, on observe de nettes différences entre les hommes et les femmes. Par exemple, les services aux personnes, c’est beaucoup plus investi par le sexe féminin, avec 72% de femmes.

Animatrice : Parlons maintenant des niveaux de formation. L’étude met également en lumière une autre transformation importante. Pouvez-vous nous préciser quels sont les niveaux de formation les plus félicités par les apprentis ?

Katia :  Oui, comme je le disais tout à l’heure, l’enseignement supérieur regroupe aujourd’hui 60% des apprentis. Et c’est aussi dans le supérieur que le nombre d’apprentis augmente le plus rapidement, avec une augmentation de 9% en un an, contre seulement 2% dans l’enseignement secondaire. De manière générale, le nombre d’apprentis augmente dans tous les niveaux de diplôme. Les formations les plus fréquentées, ça reste le CAP et le BEP, mais également le BTS. Plus spécifiquement, c’est plutôt les diplômes de niveau 3 et les diplômes de niveau 5, avec environ respectivement 24% des apprentis. Donc en gros, un apprenti sur quatre est inscrit dans la préparation d’un de ces deux niveaux de diplôme. Mais si on remonte une dizaine d’années en arrière, la situation est un petit peu différente. Un apprenti sur deux préparait un CAP ou un BEP, et seulement 15%. préparer un diplôme de niveau Bac plus 2 comme le BTS. Aujourd’hui le CAP et le BEP ne concentrent plus à eux seuls la majorité des apprentis donc on a beaucoup plus d’apprentis qui s’orientent maintenant vers des diplômes de Bac plus 2 comme le BTS mais également vers des diplômes de niveau Bac plus 5 comme les masters ou les diplômes d’ingénieur.

Animatrice :  Cette évolution que vous nous décrivez suggère une nouvelle perception de l’apprentissage. Quelles sont alors les spécialités de formation plus prisées par les apprentis en Occitanie ?

Katia :  Effectivement, il y a des spécialités de formation qui semblent plus prisées par les apprentis. Les spécialités des services, elles regroupent notamment 63% des effectifs, mais à titre de comparaison, en 2013, elles n’ont regroupé que 39%. Ces dernières années, la hausse du nombre d’apprentis s’est surtout concentrée dans ces spécialités-là, parce qu’avant, c’était plutôt les spécialités de la production qui regroupaient le plus d’apprentis. Mais depuis 2020, la tendance, elle, c’est un point inversé. On observe entre 2019 et 2023, 1000 apprentis supplémentaires dans les spécialités de la production contre 36 000 apprentis supplémentaires dans les spécialités des services. Autre point important, c’est que ces spécialités, elles ne sont pas réparties de la même façon selon le niveau d’études. Les spécialités des services, elles sont trois fois plus représentées dans l’enseignement supérieur que dans le secondaire et à l’inverse, les spécialités de la production, elles sont deux fois plus nombreuses dans le secondaire que dans le supérieur. Si on rentre un peu plus dans le détail, ce qui est intéressant, c’est que le commerce arrive très largement en tête avec 21% des apprentis. On retrouve derrière l’agroalimentaire avec 7% des effectifs, et ce qui est intéressant, c’est qu’il y a 10 ans, l’agroalimentaire rassemblait 14% des effectifs contre 13% pour le commerce.

Animatrice :  Dernière question pour vous, Katia. Observe-t-on des disparités géographiques au sein de la région Occitanie ?

Katia :  Oui, on observe aussi des différences selon les territoires. Globalement, le nombre d’apprentis l’augmente dans tous les départements, mais pas aux mêmes rues. C’est dans l’Aude que la progression est la plus marquée, avec une augmentation du nombre d’apprentis de 17% en un an, et elle est la plus modérée dans les Pyrénées-Orientales, avec seulement 3%. On peut aussi d’une certaine manière distinguer deux grands ensembles. On a d’un côté la Haute-Garonne et les Raux, qui concentrent à elles seules plus de la moitié des sites de formation, et près des deux tiers des effectifs en apprentissage. Ce sont aussi les départements où la part des femmes est la plus élevée, tout comme les spécialités des services. Et dans l’autre côté, on retrouve des départements plus ruraux, comme le Gers, le Lot ou la Riège. où ce sont plutôt les spécialités de la production qui dominent. Et comme ces spécialités-là attirent beaucoup plus d’hommes que de femmes, on y retrouve des parts de femmes relativement faibles.

Animatrice :  Magda, vous, vous avez travaillé plus particulièrement sur le devenir professionnel des apprentis. Quelles sont les perspectives d’emploi après l’obtention d’un diplôme par la voie de l’apprentissage ?

Magda :  Oui, alors, ce qu’il faut savoir, c’est que d’après les dernières enquêtes sur l’insertion des apprentis en Occitanie, environ 37 % des apprentis poursuivent leurs études après l’apprentissage. accès directement au marché du travail. Parmi ceux qui accèdent directement au marché du travail, une moyenne de 64 % trouve un emploi dans les six mois après la fin de leur formation. Ce qui est intéressant, c’est que dans la majorité des cas, ce sont plutôt des emplois en CDI. Le taux d’accès à l’emploi est variable selon le niveau de formation préparé. Par exemple, pour un CAP ou une mention complémentaire de niveau 3, aujourd’hui des certificats de spécialisation, Donc, finalement, des diplômes de niveau infravac, on est à 59% d’emploi à 6 mois, alors que pour un bac pro ou un brevet professionnel, ça grimpe à 66%. Et pour les diplômes de niveau supérieur, on atteint 70%.

Animatrice : Quels sont les spécialités de formation qui offrent le plus de débouchés aux apprentis en Occitanie ?

Magda :  Très bonne question. Alors, si l’objectif de l’apprenti est l’insertion professionnelle directe, les formations dans les transports affichent par exemple plus de la moitié des apprentis sortants et d’emplois à 6 mois, alors que la moyenne est à 40%. Juste derrière, on retrouve la spécialité « Services aux personnes santé » avec 49% des apprentis et d’emplois à 6 mois. Donc on voit bien que les secteurs techniques et les services de proximité offrent de belles perspectives pour les apprentis.

Animatrice :  Dans l’étude, vous faites un exercice de rapprochement entre les formations suivies par apprentissage et les métiers occupés par les apprentis sortants. Est-ce que vous pouvez nous dire quels sont les métiers qui enregistrent le plus d’apprentis sortants ?

Magda :  Oui, alors c’est vrai qu’il y a une nouveauté dans notre étude de rapprocher la formation suivie par apprentissage des métiers susceptibles d’être occupés. Je ne développe pas la méthodologie mobilisée, je vous invite directement à consulter notre étude qui détaille la manière dont nous avons procédé. Mais pour répondre à votre question, aujourd’hui au niveau régional, on constate que plus d’un quart des apprentis sortants sont susceptibles d’occuper trois familles de métiers, notamment le métier des cadres technico-commerciaux, les métiers des services administratifs comptables et financiers, et enfin, le métier d’ingénieur dans l’informatique.

Animatrice :  Autre point important que l’on constate dans l’étude, c’est qu’il peut y avoir un décalage potentiel entre la formation et le marché du travail. Comment l’expliquez-vous ?

Magda :  Oui, alors j’aimerais préciser tout d’abord que mesurer l’adéquation entre les volumes d’effectifs formés et le besoin de marché du travail est un exercice complexe et théorique. Beaucoup de facteurs peuvent être à l’origine de ces décalages. Je pense par exemple aux évolutions sociétales, aux aspirations individuelles, mais aussi au fait que les rythmes de formation ne suivent pas toujours exactement celui des besoins des entreprises. Ce qu’on a essayé de faire dans ces derniers rapports est de donner une tendance, une sorte de point de départ pour voir dans quelles mesures l’apprentissage peut répondre au besoins en main d’oeuvre des métiers les plus en tension. Ce qu’on constate, c’est qu’il y a beaucoup d’apprentis qui se dirigent vers des métiers comme le technico-commercial, lesquels aujourd’hui ne sont pas en tension de recrutement. En revanche, des métiers très en tension, dans les bâtiments notamment, que ce soit les grosses oeuvres ou les secondes oeuvres, ou encore certains métiers de l’industrie, comme la mécanique ou la soudure et registrent un faible volume d’apprentissage.

Animatrice :  Au vu de tout ce que nous nous sommes dit tout au long de cet échange, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui envisage un apprentissage en Occitanie ?

Magda :  Alors, il est difficile de donner un conseil sur l’orientation car cela est très personnel. Mais je dirais que l’apprentissage est une voie qui aujourd’hui s’est fortement développée et qui permet d’accéder à des formations qui vont au-delà des métiers de la production. ou purement technique. C’est une voie qui offre une certaine indépendance car l’apprenti est rémunéré pendant la formation et c’est aussi une très bonne porte d’entrée vers le marché du travail puisque l’apprenti est directement en contact avec le monde professionnel. J’ajouterai que c’est une voie qui permet de construire un parcours de formation tout en gagnant une expérience professionnelle. Et pour finir, je pense qu’au-delà du choix de la formation, Il est important de bien se renseigner sur les débouchés en termes de métiers et des perspectives d’évolution et de carrière. Il faut avoir une idée des métiers qui recrutent, que ce soit à l’échelle régionale ou locale. On a aujourd’hui en Occitanie des outils très pratiques pour ça, alors il ne faut vraiment pas hésiter à aller chercher l’information.

Animatrice :  Cet épisode est maintenant terminé. Katia et Magda, merci à toutes les deux pour ces éclaircissements.

Katia :  Merci à vous.

Magda :  Merci à vous.

Animatrice :  Pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet, nous vous recommandons de consulter l’étude et le tableau de bord dynamique. par département sur le site du Carif-Oref Occitanie à la rubrique Orientation et parcours des publics, puis Apprentissage. Merci et à très bientôt pour un nouvel épisode.

Générique : Retrouvez cet épisode sur le site du Carif-Oref Occitanie et sur toutes les plateformes d’écoute. Pour encore plus de contenu, abonnez-vous dès maintenant pour ne manquer aucun épisode et visitez notre site internet www.carrefourfoccitanie.fr. N’hésitez pas également à nous suivre sur les réseaux sociaux. et interagissez avec nous. Merci de nous avoir écoutés et à très vite pour propulser votre expertise dans l’emploi et la formation.

L’Occitanie comptait 85 102 apprentis fin 2023, répartis dans 1 175 formations distinctes dispensées dans plus de 680 sites de formation. Avec 8 % des apprentis en France, la région se place au 3ᵉ rang national, derrière l’Auvergne-Rhône-Alpes et l’Île-de-France.

Quelles sont les grandes tendances de l’apprentissage en Occitanie ? Après plusieurs années de forte croissance, le nombre d’apprentis continue-t-il vraiment d’augmenter ? Quel est le profil des formations suivies par les apprentis ?  Observe-t-on des disparités géographiques au sein de la région Occitanie ?  Quels sont les domaines qui séduisent le plus les apprentis ?…

Pour nous éclairer et répondre à nos questions, nous recevons dans cet épisode Katia Chazal et Magda Mojica, chargées d’étude à l’observatoire régional emploi formation du Carif-Oref Occitanie auteures de l’étude « l’apprentissage en Occitanie ». Elles vont nous aider à mieux comprendre  les dynamiques régionales et les enjeux à venir.

Pour aller plus loin :

L’apprentissage en Occitanie, Carif-Oref Occitanie, mars 2025
L’observatoire de l’apprentissage

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