Le marché de la formation professionnelle en Occitanie : entre croissance et fragilités

Podcast

Le marché de la formation professionnelle en Occitanie en 2025 affiche une croissance remarquable, mais aussi des contrastes saisissants. Entre dynamisme des petites structures, concentration des financements et adaptation aux besoins locaux, découvrez les enjeux clés d’un secteur en pleine mutation

Générique :  Propulse, le podcast emploi formation du Carif-Oref Occitanie.

Animatrice : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode de Propulse consacré à la formation professionnelle en Occitanie. Aujourd’hui, on s’intéresse à un sujet central pour tous les acteurs du secteur, le marché de la formation professionnelle. Un marché en croissance avec plus de 14 000 organismes formations actifs en 2025, soit 13% de plus qu’en 2024. Mais derrière cette vitalité, On observe aussi des fragilités économiques et une forte rotation des acteurs et une concurrence accrue. Alors, à quoi ressemble vraiment le marché de la formation en 2025 en Occitanie ? Quels sont les profits des organismes ? Qui sont les publics formés ? Et comment les acteurs s’adaptent-ils à un environnement qui change vite ? Pour en parler, j’ai le plaisir d’accueillir Olivier Frances, chargé d’études au Carif-Oref Occitanie et auteur de l’étude « Le marché de la formation professionnelle en Occitanie » . Bonjour Olivier et merci d’être avec nous.

Olivier Francès : Bonjour.

Animatrice :  Alors Olivier, avant de plonger dans les chiffres, un mot sur la source des données utilisées. Le bilan pédagogique et financier, ou BPF, c’est un document dont on parle souvent, mais qu’on connaît parfois mal. A quoi sert ce document et que permet-il d’analyser ?

Olivier :  C’est une très bonne question. Pour comprendre le marché de la formation, il faut d’abord savoir qu’il est très ouvert. N’importe qui peut, sous certaines conditions, déclarer une activité de formation. La seule obligation légale, c’est justement de se déclarer auprès de la préfecture de région via la déclaration d’activité. Et c’est là qu’intervient le BPF. Une fois qu’un organisme de formation est immatriculé, il est obligé tous les ans de remplir ce bilan et de l’envoyer à la DREETS. Ce BPF a ainsi deux rôles essentiels. C’est la clé d’entrée pour le contrôle. La DREETS s’en sert pour vérifier la conformité administrative et financière des organismes. Son deuxième rôle est le suivi statistique. Pour nous, c’est une mine d’informations. C’est le seul document qui nous permet chaque année d’avoir une photographie complète de l’activité de formation en Occitanie. Qui forme ? Qui est formé ? Dans quel domaine ? Et avec quel financement ?

Animatrice :  Alors en somme, d’après ce que vous nous dites, c’est ce qui permet de mesurer la vitalité du marché.

Olivier :  Exactement, c’est notre baromètre officiel de l’activité. On pourrait avoir une idée du nombre d’organismes, mais sans le BPF, on n’a aucune information sur ce qu’ils font réellement. Combien de stagiaires sont formés, quel volume d’heures, pour quel chiffre d’affaires ? C’est grâce à lui qu’on peut dire aujourd’hui que le marché est en croissance, mais surtout identifier avec précision son niveau de dynamisme et ses faiblesses.

Animatrice : Alors justement, ces données montrent une activité en pleine expansion en Occitanie. On dénombre 14 300 organismes de formation en 2025, c’est un nombre important, plus de 13% en un an. Mais l’étude montre que ce dynamisme repose surtout sur des petites structures, souvent récentes. Que nous dit cette tendance sur l’évolution du secteur ?

Olivier :  Alors c’est le point central de notre étude. La croissance est là, mais elle est très déséquilibrée. Sur les cinq dernières années par exemple, le nombre d’organismes a explosé, passant d’un peu plus de 10 000 à 14 300. Mais qui porte cette hausse ? C’est en fait presque exclusivement les structures individuelles. Ces professionnels, souvent indépendants, ont presque doublé en 5 ans pour atteindre près de 8 000 organismes. Les grandes catégories historiques, les organismes de formation relevant du public, du milieu associatif ou du privé lucratif, sont-elles restées stables ? Cette dynamique de multiplication des micros acteurs a une conséquence directe. Le marché est marqué par une extrême jeunesse et un fort turnover. Aujourd’hui, en Occitanie, près de la moitié des organismes ont moins de 2 ans d’existence. C’est synonyme de dynamisme, certes mais aussi de fragilité économique et de renouvellement permanent.

Animatrice :  Alors maintenant, si on regarde du côté des stagiaires, la tendance reste positive. Plus de 2,2 millions de personnes formées en 2023, soit une hausse de 3,3%. Mais cette progression ne profite pas à tout le monde. Les demandeurs d’emploi, par exemple, sont moins nombreux à être formés.

Olivier :  C’est effectivement un autre enseignement fort. Globalement, on forme plus de 2 millions de personnes, ce qui est énorme. La majorité des stagiaires sont des salariés. D’ailleurs, presque toutes les catégories sont en hausse, sauf les demandeurs d’emploi qui affichent une légère baisse de 3%. Ceci est directement lié au profil des organismes qui forment le plus. Les organismes de formation privés lucratifs et les structures individuelles, qui sont très connectées au financement des entreprises, forment logiquement une majorité de salariés. A l’inverse, les organismes de formation publics et associatifs, qui dépendent des financements publics, accueillent un public plus diversifié, y compris les demandeurs d’emploi.

Animatrice : Alors maintenant du côté des contenus pédagogiques, quelles sont les grandes tendances ? On parle de formations plus courtes plus modulaire. Pourquoi cette évolution ?

Olivier : On observe une tendance très claire à la réduction des durées. En moyenne, les formations raccourcissent. On est sur une moyenne de 46 heures par formation, le niveau le plus bas depuis 2020. Pourquoi ? Il y a plusieurs facteurs. D’abord, la demande des entreprises et des individus pour des skills très précis et rapidement mobilisables. On cherche des modules courts pour monter en compétence sans bloquer l’activité. Ensuite, la structure des formations. On a beaucoup de formations obligatoires, comme l’hygiène ou la sécurité, qui sont par nature très brèves. A l’inverse, des spécialités comme l’agriculture ou le commerce, qui sont fortement liées à l’apprentissage, restent longues. Le marché s’adapte donc à des besoins de flexibilité et à des spécialisations rapides.

Animatrice :  Alors justement, quelles sont les spécialités de formation les plus suivies aujourd’hui en Occitanie ?

Olivier :  C’est très diversifié, ce qui est une bonne nouvelle pour l’économie régionale. Deux grands secteurs dominent néanmoins, les services aux personnes et échanges et gestion qui représentent à eux deux environ 40% des stagiaires. La spécialité la plus suivie, c’est même sécurité, police et surveillance, car elle englobe toutes les formations obligatoires. Mais ce qu’il faut retenir, c’est la pluralité. La région Occitanie, avec l’aéronautique, l’agriculture, le tourisme ou encore la santé, a des besoins et compétences très variés. La diversité des formations reflète donc la diversité du tissu économique.

Animatrice :  Venons-en maintenant à la dimension économique. Le chiffre d’affaires global du secteur dépasse désormais 1,8 milliard d’euros en 2023. Mais si je comprends bien, il est très concentré.

Olivier :  Absolument. Le chiffre d’affaires est un excellent indicateur des disparités du marché. Si le secteur brasse 1,8 milliard d’euros, 2% des organismes seulement, soit environ 200 structures, en captent 61%, soit plus d’un milliard d’euros. A l’autre extrémité, près de la moitié des OEF déclarent un chiffre d’affaires inférieur à 15 000 euros. Cet écart gigantesque s’explique par les moyens. Les gros organismes ont l’ingénierie, les ressources humaines et la certification qualiopi pour capter des financements importants, comme le CPF, l’apprentissage ou les financements de France Travail. Les plus petits organismes de formation, souvent récents ou individuels, ont une activité plus ponctuelle ou travaillent en sous-traitance, ce qui limite leur développement économique. La multiplication des petits organismes de formation renforce cette concentration.

Animatrice :  Alors restons sur le volet économique et parlons maintenant des financements. On voit que la part du financement des entreprises augmente.

Olivier :  Oui, c’est effectivement le grand mouvement que l’on observe. Après la réforme de 2018, on a eu un boom des financements liés au CPF et à l’apprentissage qui ont été massivement soutenus. Aujourd’hui, cette dynamique s’est stabilisée, notamment en raison des régulations autour du CPF. Parallèlement, les financements qui viennent directement des entreprises progressent très fortement, plus de 12% cette année. Cela traduit une implication croissante des employeurs dans le développement des compétences de leurs salariés, en phase avec leurs besoins immédiats. Au total, le financement global continue de progresser de 3% par rapport à l’année dernière.

Animatrice :  Si je comprends bien, ça crée deux réalités. Les structures publiques ou associatives davantage tournées vers les demandeurs d’emploi et les organisations privées lucratives plus connectées au financement des entreprises.

Olivier :  C’est exactement ça. C’est une polarisation du financement. Les acteurs publics et associatifs forment surtout des demandeurs d’emploi. Logiquement, leurs ressources proviennent à près de 80% des pouvoirs publics et des organismes gestionnaires des fonds de la formation professionnelle. Les organismes de formation privés lucratifs, quant à eux, forment principalement des salariés, environ 71%. Près de la moitié de leurs ressources viennent donc directement du secteur privé et des entreprises. Les structures individuelles ont une troisième réalité. Elles sont très dépendantes des financements inter-organismes de formation sous la forme de sous-traitances.

Animatrice :  Alors effectivement, impossible de parler du marché de la formation sans évoquer la sous-traitance. C’est un point marquant de l’étude. Près d’un stagiaire sur deux est désormais formé par ce biais, soit près d’un million de personnes. Pourquoi une telle progression ?

Olivier :  La sous-traitance est devenue un pilier structurant. Elle a progressé de 15% en 2023 et touche maintenant les structures de toute taille. Pourquoi ? C’est une question de flexibilité et de spécialisation. Un organisme donneur d’ordre peut s’adapter rapidement à un pic de demande ou externaliser une compétence très pointue qu’il n’a pas en interne. C’est une solution très souple. Cette dynamique est particulièrement portée par les structures individuelles. Près de 7 sur 10 travaillent en sous-traitance.

Animatrice :  Mais alors cette sous-traitance, c’est aussi un marché à deux vitesses, non ? Les petits organismes de formation forment beaucoup, mais génèrent peu de chiffre d’affaires.

Olivier :  Oui, c’est l’autre face de la médaille. On observe une déconnexion entre le volume de stagiaires formés en sous-traitance et le chiffre d’affaires qu’ils génèrent pour le prestataire. Autrement dit, les formations en sous-traitance ont un rendement économique inférieur à celle qu’un organisme de formation réalise en direct. Pourtant, c’est un choix stratégique pour beaucoup de petits acteurs, car c’est une porte d’entrée facile sur le marché. Ils accèdent ainsi à des volumes de stagiaires qu’ils n’auraient jamais eu seuls. Cela leur permet de se positionner sur des niches et d’avoir une organisation plus souple. C’est un modèle qui permet à de nombreux professionnels de la formation d’exister, même si cela amplifie la disparité économique du secteur.

Animatrice :  Avant de conclure, quelques mots sur les différences départementales. Est-ce qu’on forme de la même manière dans le Tarn, les Pyrénées-Orientales ou la Haute-Garonne ?

Olivier : Alors ce n’est évidemment pas le cas, et c’est justement ce qui fait la richesse de l’Occitanie. La formation s’adapte aux besoins locaux et aux tissus économiques de chaque bassin d’emploi. Sans surprise, les départements qui concentrent le plus d’organismes sont la Haute-Garonne avec Toulouse et l’Hérault avec Montpellier. Là, on trouve une très forte densité d’organisme de formation car l’activité économique est intense. L’aéronautique, le numérique, la santé ou le tertiaire, ils ont les taux d’équipement les plus élevés de la région. Mais ce qui est intéressant, c’est que des départements plus ruraux comme le Gers, le Gard ou le Tarn s’en sortent très bien aussi. On peut l’expliquer par une forte… présence de formations liées à leurs spécialités historiques. L’agriculture et l’agroalimentaire pour le Gers ou l’industrie pour le Tarn et le Gard. Ça montre que la formation est présente là où les branches professionnelles en ont besoin. Même si l’on observe des différences, par exemple dans des départements moins peuplés comme la Lozère ou l’Ariège, la demande de formation, elle croît partout. D’ailleurs, si vous voulez creuser ces disparités et retrouver les chiffres précis pour votre département, tout est disponible sur la data visualisation qui accompagne l’étude sur le site du Carif-Oref Occitanie.

Animatrice :  Alors pour finir, Olivier, si on se projette un peu, quelles sont les grandes tendances à suivre pour les prochaines années ?

Olivier :  Si je devais résumer en deux points, la première tendance, c’est l’adaptation rapide des contenus. La formation devrait être encore plus réactive. Avec la transition écologique et l’essor de l’intelligence artificielle, les organismes devront proposer des modules ultra courts et certifiants pour mettre à jour les savoir-faire et les compétences rapidement. L’objectif est de former au moment où le besoin se présente. L’autre gros enjeu est la qualité et la structuration du marché. Aujourd’hui, le marché est soumis à une forte pression réglementaire qui continue de le transformer. Des dispositifs comme la certification qualiopi et le contrôle renforcé de la sous-traitance sont désormais des conditions sine qua non pour opérer. Cette tendance, que l’on observe également dans les études du CEREQ et de la DARES, nous amène à penser qu’il y aura une lente consolidation du marché. Seuls les organismes capables de garantir une qualité pédagogique irréprochable et une transparence administrative face à ces contraintes pourront vraiment se développer. L’avenir du marché en Occitanie passera par plus de pertinence, de qualité et de responsabilité pour répondre précisément aux besoins des acteurs du territoire.

Animatrice :  Merci Olivier pour cet éclairage très complet. En résumé, le marché de la formation professionnelle en Occitanie reste très dynamique, mais doit composer avec des défis majeurs, la stabilité économique, la qualité et la capacité à former tous les publics. Merci à toutes et à tous de nous avoir écoutés. Vous pouvez retrouver l’étude complète sur le site du Carrefour F Occitanie, à la rubrique Le marché de la formation professionnelle. Vous retrouvez également dans cette rubrique les données par département sous forme de data visualisation.

Générique :  Retrouvez cet épisode sur le site du Carif-Oref Occitanie et sur toutes les plateformes d’équipe. Pour encore plus de contenu, abonnez-vous dès maintenant pour ne manquer aucun épisode et visitez notre site internet www.cariforefoccitanie.fr. N’hésitez pas également à nous suivre sur les réseaux sociaux et interagissez avec nous. Merci de nous avoir écoutés. Et à très vite pour propulser votre expertise dans l’engouement et la formation.

En 2025, le marché de la formation professionnelle en Occitanie confirme sa vitalité avec 14 300 organismes actifs, soit une hausse de 13 % en un an. Mais derrière cette vitalité se cachent aussi des fragilités : un turnover massif, des organismes très récents et un secteur de plus en plus concurrentiel.

Dans cet épisode, nous explorons également la réalité économique du marché : 1,8 milliard d’euros de chiffre d’affaires, mais une répartition très inégale, où 2 % des organismes captent plus de 60 % des ressources. La sous-traitance, elle, s’impose comme un levier incontournable : près d’un million de stagiaires formés par ce biais, avec un rôle clé des petits organismes de formation mais une rentabilité souvent limitée.

Un épisode  indispensable pour comprendre les enjeux d’un marché en pleine mutation.

Intervenant :

Olivier Francès, chargé d’étude au Carif-Oref Occitanie

Pour aller plus loin :

Retrouvez l’étude complète et les données par département sur le site du Carif-Oref Occitanie à la rubrique « Les organismes de formation »

Abonnez-vous à ProPulse sur votre plateforme préférée ! DeezerSpotifyApple Podcast