L’éco-conception : un levier stratégique pour les organismes de formation

Podcast

Le podcast « Propulse » explore l’éco-conception, un concept clé de la transition écologique, en se concentrant sur son application dans le domaine de la formation. L’objectif est de « penser des formations plus durables, plus responsables sans compromettre la qualité de l’apprentissage. »

Générique :  Propulse, le podcast du Carif-Oref Occitanie.

Animatrice : Nous sommes ravis de vous retrouver pour ce nouvel épisode de Propulse. Aujourd’hui, on va s’intéresser à un pilier de la transition écologique, l’éco-conception, et plus particulièrement, l’éco-conception appliquée à la formation. Concevoir de manière plus responsable, penser des formations plus durables, plus responsables, sans compromettre la qualité de l’apprentissage. C’est ce que nous allons voir ensemble. On vous explique tout aujourd’hui avec Amandine Autier, du pôle Éco-conception, et Muriel Mérienne, de l’organisme de formation Formethic. Bonjour à toutes les deux !

Amandine Autier : Bonjour !

Muriel Mérienne : Bonjour !

Animatrice :  Pour commencer, Amandine, en quelques mots, pouvez-vous nous présenter le pôle Éco-conception et le programme Oxymor ?

Amandine :  Alors le pôle éco-conception, c’est le centre français d’expertise, de compétence et de connaissance sur la pensée en cycle de vie. Notre but est de garantir des produits, services, systèmes et modèles d’affaires plus respectueux de l’environnement. Et nous faisons cela depuis 2008. Nous avons deux domaines d’activité stratégique. Les missions d’intérêt général qui permettent de diffuser, soutenir et développer les actions d’éco-conception sur le territoire national. et nos actions de prestations de services comme de l’accompagnement, de la formation, de l’analyse ou de la vérification. Et dans le cadre du programme Oxymor, c’est pour toutes les entreprises qui sont situées en Occitanie, ça leur permet de pouvoir accéder au programme régional en lien avec l’ADEME, la région Occitanie, Val d’Elia et bien entendu le pôle éco-conception, où elles pourront à la fois s’informer, agir ou aller plus loin sur le domaine de l’éco-conception en Occitanie.

Animatrice :  Alors Amandine, rentrons maintenant dans le vif du sujet. Expliquez-nous, qu’est-ce que l’éco-conception ?

Amandine : Alors l’éco-conception, c’est une approche méthodique qui prend en considération les aspects environnementaux dans le processus de conception et de développement, dans le but de réduire les impacts environnementaux négatifs tout au long du cycle de vie, du produit ou du service. Donc on parle bien ici de réduction d’impacts environnementaux.

Animatrice : Alors qu’est-ce que le cycle de vie et l’approche multi-étapes ?

Amandine : Ce sont deux des cinq piliers principaux de la démarche d’éco-conception. L’approche multi-étapes permet de regarder tout ce qui se passe sur toutes les étapes du cycle de vie du produit. On va regarder par exemple sur un produit, comment il est fabriqué, quelle est sa matière première, quelles sont les étapes de fabrication, les étapes de transport, qu’est-ce qui se passe aussi quand on l’utilise, est-ce qu’il y a des consommations, et enfin, qu’est-ce qui se passe au niveau de sa fin de vie. Et tout à l’heure, je vous disais, l’éco-conception s’applique à un peu. produit, mais ça s’applique aussi à un service. Et ça, Muriel nous parlera tout à l’heure de comment s’applique un service, notamment de formation. Donc, l’important, c’est de regarder ce qui se passe sur chacune des étapes. Et même si on travaille sur une piste d’action que sur une étape, s’assurer qu’il n’y ait pas de transfert d’impact d’une étape à une autre. Par exemple, si je change de matière, il faut que je m’assure que à la fin de vie, elle est toujours par exemple recyclable comme ma première matière. ou voir si, par exemple, des fois on change de matière, peut-être qu’il faut en mettre plus par rapport aux caractéristiques des produits. Donc c’est pour ça qu’il faut avoir toujours cette approche cycle de vie. Et on parlait aussi de l’approche multicritère. Donc je regarde ce qui se passe sur toutes les étapes de mon cycle de vie, et je regarde aussi sur tous les impacts que peut avoir mon produit sur l’environnement. Il n’existe pas qu’un seul impact sur l’environnement. On parle beaucoup des gaz à effet de serre, du CO2, mais en éco-conception, nous on va monitorer sur toutes les catégories d’impact, donc les impacts sur l’air. Effectivement, on retrouve nos gaz à effet de serre, mais on peut retrouver aussi l’impact sur la couche d’ozone, le smog. On a des impacts aussi sur l’eau, la pollution de l’eau. Sur la pollution des sols, il y a tout ce qu’on va venir aussi extraire pour fabriquer nos produits, comme les ressources non renouvelables ou les énergies non renouvelables qui nous permettent de réaliser le cycle de vie de notre produit ou de notre service.

Animatrice : Merci Amandine. Alors, intéressons-nous maintenant à l’éco-conception en formation. Muriel, commencez par nous présenter brièvement Formethic.

Muriel :  Oui, Formethic, c’est une association que nous avons créée en février 2015. A l’origine, elle est composée de formateurs, formatrices, consultants en responsabilité sociétale des organisations ou en RSE. Nous avons tout de suite orienté nos activités sur la thématique du développement durable dans le secteur de la formation, c’est notre spécialité. Nous nous adressons essentiellement aux formateurs, formatrices, aux ingénieurs pédagogiques, aux responsables de formation, aux ingénieurs de formation, à tous les professionnels du secteur qui, comme tous les secteurs, sont largement impactés par ce qui se passe en ce moment et donc en transition, en pleine évolution.

Animatrice : Alors, dites-nous, en quoi un organisme de formation ou un CFA est-il concerné par l’éco-conception ?

Muriel  :  C’est dans le cadre de sa démarche de développement durable ou de responsabilité sociétale que l’OF ou le CFA peut, selon moi, doit intégrer ce concept d’éco-conception des formations. Alors, les formations sont des services et donc, pour moi, c’est un petit peu plus compliqué. de calculer les impacts environnementaux d’un service, d’une activité de service, que le calculer pour un produit, puisqu’il faut qu’on regarde chacun des produits qui sont traités lors de ce service. Notre but est d’intervenir à chaque étape pour alléger l’empreinte environnementale en considérant les ressources utilisées, les impacts sur la biodiversité, sur la nature. Et également les impacts sur la santé des consommateurs, des bénéficiaires et ceux sur toute la chaîne de valeur, cette chaîne de valeur étant représentée par le cycle de vie. Ce cycle de vie de la formation, on l’a mis au point il y a quelques années et on s’en sert pour identifier toutes les activités à impact qui peuvent être évaluées lors de notre étude d’éco-conception. On utilise la matrice multi-impact, multi-étapes. Ça nous permet de faire un rapide tour d’horizon de ces fameux impacts environnementaux. On fait quelques calculs à partir de la base de données de l’ADEME qui est utilisée pour faire les bilans de gaz à effet de serre. Ce sont des calculs sur l’impact carbone et pas l’impact environnemental en général. Et quand on a fini de faire ce premier traitement, après avoir défini l’unité fonctionnelle de la formation qu’on est en train d’étudier, on va essayer d’identifier des solutions, comme dans la méthodologie dont parlait la personne du pôle éco-conception tout à l’heure. simplement à un certain moment on va être confronté pour faire des choix qu’on appelle nous des choix d’éthique, puisqu’il faut la plupart du temps faire un choix entre la réduction d’impact environnemental et le travail sur les impacts sociaux. Donc on aborde la question de l’éco-socio-conception en tenant compte, si possible, des impacts sociaux, en même temps que des impacts environnementaux. Bon, l’idée c’est de mettre en place des solutions vertueuses sur le plan. plan environnemental, sur le plan économique, sur le plan social, tout bien mélanger pour appliquer, on va dire, les principes du développement durable et de créer un équilibre entre les trois piliers du développement durable. Bon, il faut aussi penser à l’organisme de formation, on ne parle pas seulement des formations en elles-mêmes, on parle aussi de l’organisme de formation qui lui aussi doit s’appliquer des règles qui permettent de réduire ses impacts environnementaux, comme par exemple un travail sur les énergies utilisées, sur les consommations d’eau, sur les émissions de gaz à effet de serre liées aux déplacements, des stagiaires, des formateurs. Il y a aussi une politique d’achat responsable qui peut rentrer dans cette étude globale d’éco-conception des formations dans un organisme de formation ou un CFA. Juste pour terminer, nous considérons que les organismes de formation ont une double mission. Comme toute entreprise, ces organisations doivent adopter des pratiques vertueuses. Mais comme toutes les organisations ayant une forte influence sur ses bénéficiaires et sur ses clients, du fait de sa raison d’être qui est de transmettre, parce qu’une formation c’est fait pour transmettre et pour transformer des pratiques, les OEF sont chargées de participer au développement de la culture de l’économie circulaire, dans le but que ces apprenants évite la surconsommation, évite de détruire le capital nature qui nous sert à vivre, etc. Donc on a dans un organisme de formation deux façons d’appliquer l’éco-conception.

Animatrice :  Et est-ce que vous pouvez nous donner un cas d’usage ? Comment l’organisme de formation ou le formateur peut l’appliquer dans sa pratique pédagogique ?

Muriel :  Je pense là à une situation qu’on a commencé à évaluer. On ne fait pas de l’évaluation environnementale à valeur exacte, ce n’est pas scientifique ce qu’on fait. On s’appuie sur l’ISO qui traite de l’éco-conception, mais on ne l’applique pas totalement. Donc là, nous, on a fait un travail avec la Cité pour des formations et des apprentissages, le CFA de Blagnac, et sur un TP de 4 heures en cuisine, en deuxième année de CAP. Donc ça, c’est l’unité fonctionnelle, il y avait 16 apprentis. qui se déplaçaient de telle façon, et on a préparé des tomates farcies avec tel type d’ingrédients, etc. On a fait un premier calcul et on a tiré des conclusions. Les conclusions ont été les suivantes. Changer certaines pratiques apporterait une nette réduction d’utilisation des énergies pendant la cuisson. Parce que vous avez le four trop doux, c’est aussi simple que ça. Et deuxièmement, on pourrait revoir l’approvisionnement des matières premières qui servent à créer les tomates. Il y a plein d’autres éléments qui sont sortis de cette étude, mais les deux principaux sont ceux-là. Ça veut dire que, par exemple, les enseignants en CAP cuisine pourraient prévoir des plats non carnés de temps en temps. Et si vous faites des tomates farcies sans viande, évidemment l’impact environnemental est bien moindre. Il nous a fallu deux jours pour en tirer ces conclusions, mais elles sont ce qui pouvait passer comme évident avant, mais là on a quand même chiffré, expliqué, les conclusions sont devenues plus évidentes pour les enseignants de cette formation. Une autre étude est en cours dans un OF qui s’appelle IDGEO et qui forme des adultes et des apprentis sur la géomatique, qui est le repérage géographique via les GPS. Ce sont des formations qui sont très gourmandes en outils digitaux. Elles sont réalisées en présentiel ou à distance et les réflexions actuelles portent essentiellement sur l’utilisation responsable des outils numériques. Donc, en travaillant sur le déroulé pédagogique, d’une séquence de formation qui utilise un logiciel très gourmand en géomatique. On voit avec les enseignants, enfin les formateurs pour le coup, comment réduire leurs impacts environnementaux en travaillant sur le numérique responsable. Donc nous sommes ici dans un process d’éco-socioconception, parce qu’en même temps on réfléchit aux impacts sociaux, donc il faut pouvoir donner l’accessibilité. numérique à des gens qui sont éloignés de ces outils. Il y a beaucoup de choses qui sont traitées en même temps que la question environnementale pure. Et voilà.

Animatrice :  Et bien merci, merci Amandine Autier et Murielle Mérienne de nous avoir partagé votre expertise. On voit bien que former ce n’est pas seulement transmettre des savoirs, c’est aussi incarner des valeurs. En intégrant l’éco-conception dans vos formations, vous devenez acteur de la transition à votre échelle. Merci à vous de nous avoir écoutés et à très vite pour un nouvel épisode de Propulse.

Générique : Retrouvez cet épisode sur le site du Carif-Oref Occitanie et sur toutes les plateformes d’écoute. Pour encore plus de contenu, abonnez-vous dès maintenant pour ne manquer aucun épisode et visitez notre site internet www.carrefourfoccitanie.fr. N’hésitez pas également à nous suivre sur les réseaux sociaux et interagissez avec nous. Merci de nous avoir écoutés et à très vite pour propulser votre expertise dans l’emploi et la formation.

L’éco-conception est une approche méthodique visant à réduire les impacts environnementaux négatifs d’un produit ou service tout au long de son cycle de vie. Elle se base sur une approche multi-étape (de la matière première à la fin de vie) et multicritère (au-delà du CO2, incluant l’air, l’eau, les sols, et les ressources)

L’Éco-conception appliquée au domaine de la formation

Lorsqu’elle est appliquée à la formation, l’éco-conception considère ce domaine comme un service. Les organismes de formation et les CFA doivent alléger l’empreinte environnementale à chaque étape de la formation. Cette démarche intègre souvent une dimension sociale, devenant de l’éco-socio-conception, cherchant un équilibre environnemental et social. Les organismes de formation ont une double mission : adopter des pratiques durables en interne et transmettre la culture de l’économie circulaire à leurs apprenants. Des exemples concrets incluent la réduction de la consommation d’énergie en cuisine ou la promotion du numérique responsable dans les formations. Ainsi, les organismes de formation deviennent des acteurs clés de la transition écologique.

Intervenantes :

Amandine Autier du Pôle Éco-conception, centre français d’expertise en pensée de cycle de vie, et Muriel Mérienne, fondatrice de Formethic, une association spécialisée dans la formation au développement durable.

Pour aller plus loin :

https://www.eco-conception.fr/
https://formethic.digiforma.site/

Abonnez-vous à ProPulse sur votre plateforme préférée ! DeezerSpotifyApple Podcast